Malgré une progression des investissements, l’État, les entreprises et les ménages français vont devoir fortement accentuer leurs efforts pour atteindre l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, selon un think-tank fondé par la Caisse des dépôts et l’AFD.

«Les dénonciations, on est au courant!» a lancé Emmanuel Macron en direction des jeunes manifestants pour le climat, le 23 septembre dernier. Sur un ton strict, il les invitait alors à «manifester en Pologne» pour faire avancer les choses, sous-entendant que la France prenait largement sa part dans la lutte contre le dérèglement climatique. Mais le pays respecte-t-il vraiment ses engagements, et quels efforts seront nécessaires à l’avenir pour remplir les objectifs fixés lors de la COP 21?

» LIRE AUSSI – «Qu’ils aillent manifester en Pologne!»: Macron invite les jeunes à l’action sur le climat

C’est à ces questions que tente de répondre l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) dans son «Panorama annuel des financements climat». Le think-tank fondé par la Caisse des dépôts et l’Agence française de développement, en collaboration avec le Ministère de la Transition écologique, a analysé les «investissements bas carbone» réalisés en France, au regard des objectifs inscrits dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). D’après l’étude, malgré une progression des investissements, l’État, les entreprises et les ménages français vont devoir accentuer leurs efforts pour atteindre l’objectif de neutralité carbone.

L’investissement vert en forte progression depuis 2011

Bonne nouvelle pour le climat, tout d’abord: l’investissement vert s’intensifie en France. D’après le think-tank, les «financements climat» des ménages, des entreprises et des administrations publiques ont atteint 45,7 milliards d’euros en 2018, contre 35 milliards en 2011. Pour Hadrien Hainaut, chef de projet chez I4CE, «la tendance observée depuis 2014 se confirme: les investissements climat augmentent. Cette augmentation s’est même accélérée depuis 2017, dans un contexte de taux d’intérêt exceptionnellement bas et d’une hausse du prix des énergies fossiles et du carbone».

Secteur par secteur, la France consacre près de 20 milliards d’euros d’investissements à l’efficacité énergétique, 7,5 milliards d’euros au déploiement des énergies renouvelables, et 11 milliards d’euros à la construction d’infrastructures durables dans le secteur du transport et des réseaux. Les investissements dans le développement et le prolongement du parc nucléaire atteignent 5 milliards d’euros. Ceux dans la forêt et les procédés industriels non-énergétiques représentent 2 milliards d’euros. Point positif, les investissements dans l’efficacité énergétique progressent de façon constante depuis 2014.

Investir entre 15 et 18 milliards supplémentaires par an d’ici 2023

Malgré cette progression, les efforts devront s’accentuer. Les besoins annuels d’investissement sur les périodes 2019-2023 et 2023-2028 ont été évalués par I4CE: «À partir des coûts observés dans des projets similaires au cours des années récentes et de leur évolution anticipée, I4CE calcule les investissements associés au scénario des documents stratégiques», précise le rapport.

Pour déterminer l’ampleur des investissements nécessaires, certains secteurs comme l’agriculture, l’industrie ou le nucléaire ont été exclus. En effet, il existe «peu de travaux prospectifs sur la transition du modèle agricole ou industriel au niveau budgétaire» regrette Hadrien Hainaut.

Ces secteurs ne sont donc pas pris en compte dans cette étude, même si les besoins d’investissement sont loin d’être négligeables. Pour exemple, la seule politique agricole commune, qui soutient le modèle agricole productiviste, représente 9 milliards d’euros par an. Et le projet 2021-2027 a été vivement critiqué par la Cour européenne des comptes pour son inefficacité écologique. Après retrait de ces secteurs, l’investissement climat français en 2018 est donc estimé à 33 milliards d’euros.

À l’horizon 2023, les Français devront investir jusqu’à 18 milliards d’euros supplémentaires par an pour respecter les engagements pris lors de la COP 21.

L’investissement devra être doublé d’ici la fin du quinquennat

D’après les calculs du groupe de réflexion parisien, les Français devront investir jusqu’à 18 milliards d’euros supplémentaires pour suivre la trajectoire dessinée dans la SNBC. Pis, l’investissement climat devra être doublé en 5 ans, pour atteindre 70 milliards d’euros par an en moyenne sur la période 2023-2028. «Il ne suffira pas de mettre à disposition de nouvelles sources de financement: pour déclencher ces investissements, leur rentabilité et la réglementation sont déterminantes», déplore Maxime Ledez, chargé de recherche chez L4CE.

Les enjeux varient selon les secteurs d’activité. Dans la construction, il faudra maintenir les niveaux d’investissement actuels, en s’assurant de la bonne tenue de l’agenda en matière de rénovation énergétique des bâtiments. Au niveau des transports, les investissements dans les véhicules bas carbone devront croître rapidement, pour atteindre plus de 20 milliards d’euros par an en 2028.

«Si le modèle de financement ne change pas, les pouvoirs publics devront mobiliser 7 à 9 milliards par an de plus d’ici 2023 »

Hadrien Hainaut

L’État en première ligne

Dans ce scénario, l’État supporterait la majeure partie des investissements. Les pouvoirs publics seraient amenés à consacrer entre 25 et 27 milliards d’euros par an aux financements et aux cofinancements en faveur du climat d’ici à 2023. Un chiffre en forte augmentation. «Si le modèle de financement ne change pas, les pouvoirs publics devront mobiliser 7 à 9 milliards par an de plus d’ici 2023» déclare Hadrien Hainaut. À l’horizon 2028, cette contribution se situerait entre 28 et 31 milliards d’euros. «Ces investissements sont modestes au regard du budget de l’État et des enjeux», relativise le chef de projet.

En dépit de cette hausse, la part des pouvoirs publics dans le total des investissements climat resterait stable, autour de 50% entre 2019 et 2023, puis irait en diminuant pour se situer autour de 40% entre 2024 et 2028. C’est là que le bât blesse. «Les pouvoirs publics doivent simplifier les investissements des ménages, notamment dans la rénovation énergétique», explique Hadrien Hainaut, qui regrette que les particuliers doivent mener un véritable chemin de croix administratif pour obtenir les bons financements.

» LIRE AUSSI – Le projet de loi énergie-climat arrive à l’Assemblée nationale

Enfin, le rapport souligne que l’objectif de neutralité carbone ne peut faire l’économie de la réduction des émissions. Les investissements dans les équipements émetteurs de gaz à effet de serre devront aussi être limités. En l’espèce, l’étude se limite aux investissements «directement» défavorables au climat (véhicules polluants, aéroports, terminaux méthanier et oléoducs…). Ils auraient dépassé 67 milliards d’euros en 2018. Pour rappel, cette année, pour une voiture bas carbone vendue, plus de 40 voitures fortement émettrices de CO2 ont été mises en circulation.

Source : lefigaro.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *