Les deux groupes ont annoncé, ce jeudi matin, leur fusion à 50/50, afin de donner naissance au numéro 4 mondial du secteur. Carlos Tavares, président du directoire de PSA, deviendra le directeur général du nouvel ensemble pour une durée minimale de cinq ans et John Elkann, président de FCA, en conservera la présidence. Les synergies sont estimées à 3,7 milliards d’euros.

PSA et Fiat Chrysler ont confirmé, comme prévu ce jeudi matin, leurs fiançailles officielles. Les deux groupes ont annoncé dans un communiqué « envisager d’unir leurs forces pour construire un leader mondial ». Ils avaient réuni, mercredi, leurs conseils respectifs, qui ont mandaté leurs équipes pour finaliser les discussions et conclure un « memorandum of understanding » dans les prochaines semaines. Les partenaires sociaux avaient également été convoqués pour une réunion extraordinaire, tôt ce jeudi matin.

L’annonce a suscité des réactions partagées de la part des investisseurs. En effet, alors que le titre Peugeot plongeait d’environ 9 % en début de séance à la Bourse de Paris, la situation était plus favorable pour le constructeur italo-américain. A la Bourse de Milan, en effet,  le titre Fiat Chrysler Automobiles bondissait de plus de 10 %.

Fusion à 50/50

Les deux groupes vont procéder à une fusion à 50/50 par échange d’actions : le nouvel ensemble sera détenu à parité par les actionnaires des deux groupes. Carlos Tavares, actuel président du directoire de PSA, deviendra le directeur général du nouvel ensemble pour une durée minimum de cinq ans, tandis que John Elkann, chef de file de la famille Agnelli et président de Fiat Chrysler Automobiles (FCA), en conservera la présidence.

Le conseil d’administration comptera 11 membres, dont six provenant de PSA (dont Carlos Tavares) et cinq de FCA. Le siège social de la nouvelle entité sera établi dans un pays neutre, les Pays-Bas, tandis que les trois sièges opérationnels resteront basés en France, en Italie et aux Etats-Unis.

Les synergies sont estimées à 3,7 milliards d’euros, sans fermeture d’usine, précise le communiqué. Quelque 80 % d’entre elles seront atteintes dès la quatrième année.

Equilibre du capital et gouvernance

Pour rééquilibrer les valorisations respectives des deux groupes et parvenir à une fusion à 50/50, ils engageront plusieurs opérations. PSA distribuera à ses actionnaires ses titres Faurecia (46 % du capital de l’équipementier, valorisés environ 3 milliards d’euros), tandis que FCA distribuera à ses actionnaires un dividende exceptionnel en cash de 5,5 milliards.

Jusqu’à présent, les négociations avaient achoppé sur des questions d’équilibre du capital et de gouvernance, aucune des deux familles, Peugeot et Agnelli, n’étant réellement prête à laisser l’autre devenir prédominante dans le nouvel ensemble. Or, les Agnelli détiennent bien davantage dans « leur » constructeur que les Peugeot : 29 % environ, contre 12,2 % du capital (et 19,3 % des droits de vote) pour les Français.

Participation majoritaire de la famille Agnelli

Confortée par une gouvernance favorable, la famille Peugeot a finalement lâché du lest sur ce point : la participation de la famille Agnelli restera supérieure à celle des Peugeot (entre 14,5 %, contre un peu plus de 6 %). Les droits de vote double seront remis à zéro. Les principaux actionnaires du nouveau groupe (les familles, mais aussi l’Etat français via bpifrance et le chinois Dongfeng, qui détiennent une participation identique à celle de la famille Peugeot) seront tenus par une clause de « stand still » pendant sept ans, leur interdisant de vendre leurs titres sans l’accord des autres. Les titres ne pourront être cédés pendant trois ans, à l’exception de la famille Peugeot qui pourra en racheter à bpifrance ou Dongfeng à hauteur de 2,5 % pendant trois ans.

Dès ce jeudi matin, Bercy a « accueilli favorablement » l’entrée en négociations des deux groupes. « Cette opération offrirait aux deux groupes la taille nécessaire pour mener à bien les investissements indispensables » dans le secteur, indique Bercy dans son communiqué. Réitérant l’attention portée par le gouvernement à « la préservation de l’empreinte industrielle en France, la localisation des centres de décision, et l’engagement du nouvel ensemble sur la création d’une filière européenne de batteries ».

Numéro 4 mondial

L’opération donnerait naissance à un nouveau géant de l’automobile qui, avec 8,7 millions de véhicules vendus à eux deux et 184 milliards d’euros de chiffre d’affaires, deviendrait numéro 4 mondial du secteur, derrière Volkswagen, Toyota, et l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Grâce à ses 14 marques, dont cinq venant de PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel et Vauxhall) et neuf de FCA (Fiat, Chrysler, Alfa Romeo, Jeep, Abarth, Lancia, Maserati, Dodge), il serait présent sur toute la gamme automobile, du basique au luxe. Les deux groupes sont aussi très complémentaires en termes géographiques.

« C’est une très belle opération, très logique pour les deux groupes… bien davantage que ne l’était un mariage avec Renault », avance un haut dirigeant du secteur. Après plusieurs tentatives de rapprochement avec PSA,  John Elkann avait fini par se tourner vers Renault au printemps dernier… mais  le « deal » avait capoté in extremis faute d’accord du partenaire Nissan, au grand dam du président de Renault, Jean-Dominique Senard. Alors que la priorité au sein du Losange est désormais de relancer l’Alliance, les Agnelli ont donc jugé préférable de trouver un autre partenaire.

Il y a urgence : FCA, qui n’a pas assez investi dans le renouvellement de sa gamme ni dans son électrification, a absolument besoin d’un partenaire pour assurer son avenir. « Il n’y en a pas d’autre possible que Renault ou PSA ! », analyse un bon connaisseur du secteur. Pour  PSA, qui est en pleine forme , c’est l’occasion rêvée de sortir de son statut de constructeur régional, et d’amortir ses investissements dans la technologie.

Anne Feitz

Source : lesechos.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *