Locomotive de l’insertion du Maroc dans le commerce international, les exportations cherchent encore leur dynamique. Tour d’horizon des facteurs en cause.

Dans le classement mondial des échanges commerciaux, le Maroc occupe aujourd’hui la 69è position(1) sur base de ses exportations en valeur. A l’échelle du continent africain, il est le cinquième plus gros exportateur, derrière l’Afrique du Sud, le Nigéria, l’Angola et l’Algérie. Depuis l’année 2000, ses ventes de biens à l’étranger ont presque triplé, mais peinent toujours à suivre le rythme de croissance des importations. Au final, le taux de couverture oscille depuis une décennie autour de 50%, créant un déficit commercial insoutenable pour le pays et mettant à mal ses réserves de devises. Malgré une politique nationale de libéralisation du commerce extérieur, menée depuis le milieu des années 1990, et le lancement de stratégies sectorielles à l’échelle du pays, les exportations marocaines ont du mal à prendre leur élan. Dans un rapport paru en mai 2013(2), la Direction des Etudes et des Prévisions Financières analysait la compétitivité extérieure de l’économie nationale. Elle pointait du doigt une offre à l’export encore trop concentrée sur quelques produits phares, notamment les dérivés du phosphate et les produits finis du textile, à savoir les vêtements confectionnés et articles de bonneterie. Elle déplorait également un manque d’innovation, de recherche et développement et de technologie dans les produits nationaux, couplé d’une trop faible qualification de la main d’œuvre. Quant aux partenaires commerciaux du Royaume, ils étaient encore trop concentrés, la France et l’Espagne absorbant à eux seuls une large part des exportations nationales (20,5% et 18,2% respectivement en 2011(3)). Au final, le rapport concluait que les exportations du royaume reposaient sur un socle fragile, car trop dépendant de l’évolution des cours au niveau mondial et de la bonne santé de ses principaux pays partenaires. Fort de ces enseignements, le Maroc a ajusté sa stratégie et redouble aujourd’hui d’efforts pour atteindre ses objectifs : renforcer la compétitivité de ses entreprises à l’international, offrir des débouchés à ses industries, créer de l’emploi et du PIB additionnels.

Les facteurs clés de succès des exportations marocaines

Depuis les années 90, le royaume s’est pleinement engagé sur la voie de la libéralisation de son commerce extérieur : 1995 est l’année de son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce et 2009 celle de son accès au Statut Avancé auprès de l’Union Européenne. Sur la période 1997-2007, le Maroc a également signé différents accords de Libre Echange, lui donnant accès à un marché de plus d’un milliard d’individus, incluant en particulier les Etats-Unis, la Turquie, l’Egypte et, plus récemment, divers pays africains. Dans le même temps, le royaume a entrepris d’assainir son cadre macroéconomique, ajustant ses politiques budgétaire, monétaire et de change à ses objectifs d’ouverture internationale. Les entreprises exportatrices bénéficient aujourd’hui de mesures favorables à leur développement dans les domaines de la fiscalité, du financement, de la réglementation des changes, de l’assurance à l’export, de la couverture contre le risque de change et de fluctuation des cours des matières premières… Au-delà de ces mesures, elles sont désormais accompagnées dans leur démarche de conquête à l’international : le Centre Marocain de Promotion des Exportations (CMPE) – Maroc Export, organisme public, et l’ASMEX, Association Marocaine des Exportateurs, leur apportent une aide concrète dans les domaines de la connaissance des marchés, de la prospection ou encore de la transmission de bonnes pratiques. Les entreprises privées sont également encouragées à adhérer aux « contrats croissance », accords qui scèlent leur engagement à l’exportation en contrepartie d’une aide publique pour le financement d’études, d’actions de promotion à l’international et de formation de leurs collaborateurs. Enfin, le développement à l’export fait l’objet d’une stratégie nationale, qui progresse de pair avec celle de l’industrie, bâtie autour des Métiers Mondiaux du Maroc. Quand en février 2009, le Pacte National de l’Emergence Industrielle vient renforcer le Plan Emergence datant de 2005, la stratégie Maroc Export Plus, qui doit tripler les exportations en quinze ans, est lancée à trois mois d’intervalle. En 2014, c’est le même scénario : la Stratégie Nationale d’Accélération Industrielle paraît en avril, suivie par le Plan National de Développement des Echanges Commerciaux 2014-2016 au mois de juin. La complémentarité industrie-export est ainsi renforcée, l’une visant à produire une offre compétitive, l’autre à faciliter sa commercialisation.

Les performances récentes et défis à venir

Depuis le rapport de 2013(2), les exportations marocaines ont connu des évolutions notables : pour la troisième année consécutive, les ventes de biens à l’étranger ont été dominées par le secteur automobile en 2016. Avec des exportations dont la valeur a triplé sur la période 2010-2016, passant de 18,4 à 54,6 milliards de dirhams(3), celui-ci dynamise l’industrie et l’économie nationales. Aux côtés de l’aéronautique, autre Métier Mondial du Maroc, l’automobile couronne de succès le Plan Emergence. Une autre tendance semble également en marche, celle de la diversification des pays pertenaires à l’export : la France et l’Espagne cèdent lentement du terrain à l’Union Européenne et aux marchés africains en particulier. En avril 2017, les exportations vers le continent seront d’ailleurs stimulées par un nouveau partenariat conclu entre Maroc Export et la Banque Africaine de Développement. Leur Projet d’appui pour l’accompagnement du secteur privé marocain dans le développement de ses activités en Afrique, prévu pour durer vingt mois, s’inscrit pleinement dans la coopération Sud-Sud encouragée par les pouvoirs publics. Selon un avis d’expert(4), 2017 doit être l’année du rétablissement des comptes publics et des grands équilibres macroéconomiques du royaume. « Une politique industrielle performante et une politique commerciale offensive » en sont les clés. Plus que jamais, il est nécessaire de raccorder les producteurs aux circuits commerciaux.

Par Alexandra Mouaddine Pour H&F Associates Business Partner RH

Notes :

(1) « The World Factbook – Country comparison – Exports », CIA, estimations 2016

(2) « Compétitivité des exportations marocaines : quel bilan ? », Ministère de l’economie et des Finances, mai 2013

(3) Source : Office des Changes

(4) Mustapha Maghriti, Docteur en Relations Economiques Internationales (Faculté de Droit Rabat-Agdal) et Inspecteur divisionnaire en chef (ministère des Finances), dans son article « Quels challenges de l’économie Marocaine en 2017 ? », LesEchos.fr, 24 janvier 2017