Avec un retard à l’allumage, le secteur hospitalier tricolore digitalise la prise en charge des patients. L’intelligence artificielle surpasse déjà les médecins dans certains domaines.

Les hôpitaux français impriment chaque année plus de 200 millions de feuilles pour la seule gestion de leurs recettes et dépenses. «Notre système de santé est enseveli sous des tonnes de papier», a fustigé David Gruson, directeur du programme santé du groupe Jouve, pendant sa conférence au Big Bang Santé. La France accuse un retard important par rapport à l’Europe du Nord, où plus de 90 % des préadmissions à l’hôpital sont réalisées en ligne. «Le numérique pourrait lever certains obstacles dans la prise en charge dont souffrent les patients», a confié l’ancien directeur d’hôpital.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, semble avoir pris la mesure du problème. Elle a confié à Laura Létourneau, déléguée ministérielle du numérique en santé, et à Dominique Pon, de la clinique Pasteur de Toulouse, une feuille de route pour accélérer le virage vers le digital. Elle suit également de près le déploiement du Health Data Hub (HDH), cette base de données censée centraliser les informations collectées par les hôpitaux, les professionnels de santé et l’Assurance-maladie.

Quant au dossier médical partagé (DMP), véritable serpent de mer du secteur, «il ne peut plus échouer», estime David Gruson. Un an après sa généralisation à l’ensemble des assurés sociaux, 7 millions de Français ont ouvert un DMP – le gouvernement espère à terme 40 millions. Des initiatives privées montrent enfin la voie, à l’image du site de prise de rendez-vous Doctolib, de la plateforme Libheros pour les soins à domicile ou de la messagerie médicale Lifen.

Le zéro-papier est un investissement à notre portée, c’est du temps gagné pour les soignants et les malades.

David Gruson, directeur du programme santé du groupe Jouve

«Le zéro-papier est un investissement à notre portée, c’est du temps gagné pour les soignants et les malades», insiste David Gruson. La numérisation de l’hôpital pourrait économiser entre 40.000 et 80.000 équivalents temps plein dans le système médical, «essentiellement dans les fonctions support». Autant de ressources qui pourraient être dédiées à l’accueil et à la prise en charge des patients.

Et demain? L’intelligence artificielle (IA) a déjà entamé une véritable révolution technologique dans les hôpitaux. L’apprentissage machine par reconnaissance d’images fait ses preuves. En 2018, les États-Unis ont même autorisé la commercialisation d’IDx-DR, un algorithme qui dépiste la rétinopathie diabétique avec plus de réussite que les ophtalmologistes!
«Si l’Europe n’avance pas dans l’adoption de l’IA, l’innovation viendra d’ailleurs avec des bases éthiques incertaines», met en garde David Gruson. La Chine est particulièrement active dans ce domaine…

Source : lefigaro.fr