La majorité d’entre elles est âgée de moins de 30 ans. Toutes ont également pour point commun l’envie de laisser une empreinte positive, d’insuffler leur énergie créative à ce monde et de booster le leadership et l’entreprenariat féminins. Certaines vivent au Maroc, et d’autres ont choisi d’autres terres pour faire exister leur passion. Pour le 8 mars, FDM a mis les projecteurs sur 15 battantes. Zoom avant.

Innovation & Numérique

Houda Mouttalib, Data Girl et leader de Women Techmakers Casablanca

On l’appelle la Data Girl marocaine. À 25 ans, Houda Mouttalib est ingénieur en données et l’organisatrice de Women Techmakers à Casablanca qui donne de la visibilité aux femmes 2.0. L’univers de la technologie n’a pas été une simple évidence pour Houda Mouttalib mais un véritable “coup de foudre”, comme elle le qualifie. Elle découvre cette nouvelle forme de langage après des études en mathématique à la faculté. Elle n’a qu’une envie, la comprendre. Elle s’y plonge et se lance dans un master en Big data et Cloud computing. Au bout de quelques mois, elle se rend compte qu’elle croise très peu de femmes, de quoi l’intriguer. Elle se questionne. Où sont-elles ? Où les trouver ? Comment les intéresser ? Très vite, elle intègre la communauté Google Developer Group (GDG Casablanca) et participe à des compétitions et programmes destinés aux femmes comme Lady Geek, Girls Code ou encore 1millionwomentotech. En 2017, elle décide de porter au Maroc le programme de Google baptisé Women Techmakers qui met en avant le talent des femmes dans le milieu tout en leur rendant hommage à travers un important événement annuel organisé à l’occasion de la Journée mondiale pour les droits des femmes. Via les success-stories de women engineer, nous voulons inspirer et encourager les étudiantes à nous rejoindre, appuie-t-elle. Pour l’heure, l’image de l’univers Data est trop masculine. Nous sommes en train de changer les choses.” Et de se réjouir : “Lors de notre dernière conférence, il y avait 40% de femmes dans le public, alors que dans certains pays étrangers, ce taux ne dépasse pas les 15 %.” Pour Houda Mouttalib, les femmes ont juste peur de mettre un pied dans le milieu. Aujourd’hui, le team de Women Techmakers Casablanca veut aller plus loin. En plus de célébrer les femmes développeurs et designers, elle souhaite intégrer dans sa communauté toutes les étudiantes intéressées, en leur proposant des formations, du networking ou d’autres opportunités pour enfin les connecter à l’univers 2.0, à savoir au monde de demain.

Safae Hafidl’entrepreneuse qui tend la main aux artisans

Dynamique. Souriante. Positive. Safae Hafid est une entrepreneuse très active. À 25 ans, elle est à la tête de Doumeign, la marque de design qui réinvente l’artisanat marocain. Après un baccalauréat électrique et un BTS en électromécanique de systèmes automatisés, Safaa Hafid change complètement de voie. Elle intègre l’Académie des Arts traditionnels pour suivre les pas de son père, lui aussi artisan. Son but ? Donner un nouveau souffle au secteur, en combinant modernité et authenticité, éthique et responsabilité. Ainsi naît Doumeign, lors de sa troisième année de formation. En plus de créer des sacs, la jeune femme tend la main aux ouvriers pour qu’ils continuent à vivre de leur métier. “Je connais par cœur la problématique du milieu car je l’ai vécu par l’intermédiaire de mon père”, insiste-t-elle.  Son entreprise sociale accompagne ainsi les artisans de la vannerie, particulièrement les femmes dans les zones rurales, par le biais de création de coopératives dont l’activité est la production d’une nouvelle gamme de produits d’ameublement et de décoration à base de Doum.

Pour Safae Hafid, il est impensable que des artisans n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins alors qu’ils ont de l’or dans les mains. Elle les aide aussi à accroitre leur visibilité sur les réseaux sociaux en parlant régulièrement d’eux. “L’une des clés de réussite d’un projet est le networking et la communication”, ajoute celle qui se bat pour que Doumeign devienne l’Hermès du Maroc. “J’ai le droit de rêver, sourit-elle. Je suis convaincue qu’une marque marocaine peut se positionner comme marque de luxe.” Et d’enchaîner : “Je souhaite ouvrir un local pour les artisans dans lequel il y aura un showroom, un atelier et un point de vente. Je veux mettre en valeur leur savoir-faire, ce qui n’est pas possible via une plate-forme digitale. Regardez, on ne voit que le produit fini sans avoir une idée de celui ou celle qui l’a façonné.” En clair, redonner une juste et valorisante place aux petites mains dont regorgent le pays.

 Fatna El Hamrit, une application pour dire “Merci”

Née à Skhirat, Fatna El Hamrlt s’est installée avec sa famille à Venise alors qu’elle avait à peine 3 ans. Mais elle garde des liens très forts avec son pays d’origine, sa culture et son histoire. Et c’est son amour pour le Maroc qui l’incite à créer, avec deux amies marocaines et trois italiens l’application “The Shukran”, un nouveau réseau social photographique né pour dire “merci”. “L’image de l’Islam et des Musulmans souffre de beaucoup de stéréotypes et de clichés réducteurs et négatifs. Nous avons voulu faire connaître la beauté de nos pays, de l’islam et de la culture marocaine et arabe, à travers des photos et des images qui mettent en avant l’art culinaire, l’architecture, les paysages… » L’idée de cette application a germé dans l’esprit des 6 jeunes en 2015, mais ce n’est qu’en octobre 2017 que l’application a vu le jour. Depuis “The Shukran” a été téléchargée plus de 500 000 fois, la plaçant dans le Top 50 des applications les plus utilisées dans le monde. Au Maroc, elle est en dixième position. « Je veux laisser une empreinte positive à travers ce monde qui devient commun, celui d’internet. Notre application invite à contribution toute personne qui veut faire valoir son identité et interagir avec les cultures avec lesquelles nous vivons« , explique Fatna.

La jeune femme, aujourd’hui âgée de presque 30 ans, a délaissé son métier de médiatrice dans une entreprise d’architecture pour travailler à plein temps pour le développement de l’entreprise basée à Milan. “The Shukran n’est pas limitée aux Musulmans, mais vise le monde entier. C’est un réseau social créé en Italie où tout le monde peut poster des photos, des statuts et les comptes sont publics”, insiste Fatna qui espère que grâce à son application la perception négative vis-à-vis des Musulmans puisse changer. “L’application n’a pas pour but de véhiculer une “belle image” des Musulmans, mais c’est un moyen de véhiculer leur image réelle”, précise la jeune femme qui rêve de voir son application plébiscitée à 100% par les Marocains.

Hasnaa Chaâbi : une plateforme numérique pour l’amélioration des méthodes pédagogiques

Elle est l’une des gagnantes du Pris L’Oréal-UNESCO 2018. Son projet qui a retenu l’attention du jury porte sur l’amélioration du système éducatif marocain, par la conception d’un modèle spécifique qui s’intéresse dans un premier temps à l’enseignement élémentaire et primaire associant l’utilisation de méthodes pédagogiques et TICE. “J’estime qu’une action éducative adéquate peut jouer un rôle crucial dans la vie de tous les enfants”, assure Hasnaa Chaâbi. À ce propos, elle tient à rappeler qu’elle a été “chanceuse de grandir dans une famille qui donne beaucoup d’importance à ce sujet. Selon Franc Morandi la pédagogie est l’étude et mise en œuvre des conditions d’apprendre. Et c’est ce que mes parents nous ont procuré pendant nos échanges quotidiens.” La jeune femme qui prépare actuellement son doctorat en cotutelle entre l’Université Abdelmalek Essaadi et l’Université de Cadix, aspire à mettre en place une plateforme numérique qui propose divers modules d’enseignements basés sur une architecture collaborative de type software, des unités d’apprentissage dédiées sous forme de services en ligne. “Je voudrais initier, sur la base de mon projet, une vague d’expériences réelles où la sensibilisation, la pédagogie, l’éducation et les valeurs se trouvent au cœur de toute action entreprise”, affirme Hasnaa.

J’ai commencé ce travail dans mes salles de classes ainsi qu’en faisant des activités dans la société civile notamment dans le cadre des activités de l’association Génération Future Tanger en tant que fondatrice et présidente et avec d’autres associations”, précise-t-elle-encore. Hasnaa Chaabi qui aspire à ce que la médiocrité soit à jamais bannie dans nos systèmes décisionnaires. “J’aspire à véhiculer une image positive de l’amour du travail bien fait et de l’amour de la profession. Je voudrais que de mes enseignements mes étudiants puissent retenir : “Tu peux le faire, tout est possible si tu y mets du cœur. Il ne faut pas avoir peur d’avoir de l’ambition, il faut plutôt essayer d’atteindre coûte que coûte ses rêves.”

Le but est de créer une plate-forme numérique qui propose divers modules d’enseignements basées sur une architecture collaborative de type software, des unités d’apprentissage dédiées sous forme de services en ligne.

Source : femmesdumaroc.com