Dans le cadre du Symphos 2019, un carrefour international organisé par l’OCP et l’UM6P à Benguerir du 7 au 9 octobre, Pauli Gunter a proposé une opportunité d’exploitation des déchets, générés par l’extraction du phosphate au Maroc. Ce projet consiste à produire du papier sans eau et sans toucher aux arbres, en utilisant des roches qui ne sont pas exploitées dans le processus de production du phosphate.

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », cette citation du chimiste, économiste et philosophe Antoine Lavoisier est une bonne représentation de cette opportunité intégrant le cadre de l’économie circulaire.

Depuis 2009, Pauli Gunter, un professeur et industriel belge, soutient les projets de l’économie bleue. Un concept qu’il a créé et qui se base sur les principes de l’économie circulaire considérant que les déchets ont une valeur ajoutée. Le professeur Pauli est également membre du Club de Rome, à travers lequel il plaide pour la diffusion de solutions durables avec une dimension sociale. Il a notamment fondé la Zero Emissions Research and Initiatives (Zeri) à l’Université des Nations unies à Tokyo, qui travaille à redéfinir la production et la consommation des industries en s’inspirant des systèmes naturels.

Dans le cadre de la 5e édition du Symphosle professeur Pauli a présenté son projet de production de « Papier Pierre », du papier produit par l’exploitation d’un « déchet » de l’extraction du phosphate. Ce produit contient 80% de roches et 20% de polymère, une matière utilisée, entre autres, pour la production de bois, papier et textiles naturels.

« Si vous avez de la matière première en abondance, c’est évident que vous avez une opportunité. Ici au Maroc, vous avez du phosphate pour des décennies à venir. Vous êtes amenés à réinventer le papier à l’instar de la Chine », nous a déclaré Pauli Gunter lors d’un entretien. Il a expliqué que la Chine, un pays qui ne possède pas d’arbres et d’eau en abondance, était obligé de produire du « Papier Pierre » pour subvenir à ses importants besoins en matière de papier.

Il a également souligné que le besoin mondial en papier est en croissance exponentielle et que l’eau, une ressource qui se raréfie, doit impérativement être protégée.

« Vous avez tout pour le faire, vous devez juste décider de le faire » a-t-il ajouté.

En effet, il a expliqué que des tests ont déjà été réalisés à partir d’échantillons de pierres qui proviennent des mines de Benguerir et Khouribga. Ces tests ont affiché que la qualité de ces roches était adaptée à la production du papier de pierre. Selon lui, la prochaine étape est d’envoyer des conteneurs de roches en Chine pour produire du papier et du carton. Eventuellement, cette industrie pourrait être développée au Maroc.

En face, Chakib Bouallou, un professeur et responsable scientifique à l’université PSL (Paris Sciences et Lettres) nous a affirmé que l’industrie du phosphate a besoin de valoriser ses déchets pour créer de la valeur et protéger l’environnement. Cependant, les projets de valorisation de déchets en général peuvent nécessiter un lourd budget. Il est donc nécessaire de gérer ce dilemme: valoriser les sous-produits du phosphate tout en gardant un prix compétitif au niveau international.

D’autre part, Rachid Boulif, directeur de recherches au sein de l’OCP et responsable de l’organisation du Symphos 2019, a affirmé que le groupe est intéressé par ce projet. Il a déclaré que l’OCP essaie de trouver des moyens de recycler les déchets qui proviennent de l’extraction du phosphate.

« De cette manière, on ne va pas produire que du phosphate mais également d’autres matières ayant une valeur ajoutée. Cela permettra aussi de créer des emplois pour les jeunes. » a déclaré la même source.

Source : medias24.com