Sur 100 Marocaines en âge de travailler, à peine un cinquième occupe un emploi. 3,3% sont à la recherche d’une opportunité tandis que la majorité (77,6%) est inactive. Parmi les inactives, seulement 12,8% poursuivent des études. La plus grosse part est formée de femmes au foyer (presque 76,9%)

La création d’emploi au Maroc profite d’abord aux hommes. Sur les 1,8 million de postes créés entre 2000 et 2014, près de 73% leur ont été octroyés, selon le HCP. Les femmes restent en marge du marché du travail (voir article précédent), et leur participation économique ne cesse de reculer. Or, leur insertion pourrait rapporter gros, et bien plus qu’on ne l’aurait imaginé. «Les obstacles à l’entrée des femmes dans la vie active ont un coût supérieur à toutes les estimations réalisées précédemment, et les bienfaits d’une élimination des inégalités entre les sexes sont encore plus importants qu’estimés auparavant. Il incombe donc aux décideurs de tout faire pour lever d’urgence ces freins», souligne une étude publiée par le FMI en octobre dernier. Par obstacles, les experts du FMI entendent: discriminations, distorsions fiscales et facteurs socioculturels. En rentrant sur le marché de l’emploi, les dames apportent de nouvelles compétences et tirent la productivité du facteur travail vers le haut, entraînant ainsi une croissance plus rapide, selon l’étude. La suppression des obstacles à l’emploi féminin pourrait permettre aux pays d’augmenter leur PIB de 35% en moyenne. «Une telle accélération de la croissance provient pour quatre cinquième de la hausse de la population active. Mais pour un bon cinquième des bienfaits de la diversité de genre sur la productivité», expliquent les experts du FMI. Les salaires des hommes s’en verraient aussi améliorés, insiste le Fonds, en raison de la hausse de la productivité.

L’étude relève l’exemple de l’Irlande qui, depuis 1990, a augmenté la contribution féminine au marché du travail de 20 points de pourcentage, ce qui a permis d’importants gains de productivité. Le cas du Maroc contraste avec cet exemple, avec une participation féminine à la main-d’œuvre très faible, ne cessant de baisser d’année en année (22,2% en 2018), au même titre que la productivité globale des facteurs (PGF). Selon les estimations du FMI, si le Maroc avait augmenté la participation de ses femmes au marché du travail autant que l’Irlande sur les dernières décennies, il aurait pu gagner un tiers de PIB supplémentaire. Sa PGF aussi aurait acquis 0,4 point de pourcentage par an.

Des femmes actives en plus, c’est aussi des consommatrices en plus. Selon une étude de la Berd sur l’entrepreneuriat féminin au Maroc, répondre aux besoins financiers des femmes entrepreneures permettrait aux banques marocaines d’améliorer leurs revenus d’environ 26%.

Pour le cas du Maroc, certaines mesures seraient susceptibles d’encourager les femmes à se lancer sur le marché du travail, en les soulageant de quelques-unes de leurs contraintes sociales: des crèches publiques, des structures d’accueil pour personnes âgées, des congés de paternité, des moyens de transport renforcés… Et, surtout, un meilleur accès à l’enseignement. Hélas, le taux de scolarisation des filles passe de 96,8% au primaire à 37,1% au lycée.

Source : leconomiste.com