Les deux sociétés américaines expérimentent chacune de leur côté un robot autonome capable de livrer les colis aux clients jusque devant leur porte. Pour l’heure, les phases de test ont révélé un certain nombre de faiblesses.

Les géants américains de la livraison à domicile se lancent dans la robotique. Dignes d’un scénario de science-fiction, des robots livreurs développés par Amazon et FedEx seront chargés d’apporter leurs commandes aux clients directement à leur domicile. Depuis début février, Amazon expérimente à petite échelle «Scout», un robot à six roues, dans un quartier de l’État de Washington, aux États-Unis. Munis d’une batterie de capteurs à très haute valeur technologique, les six engins en phase de test sont capables de se déplacer sur les trottoirs et les voies piétonnes jusqu’à 16 kilomètres/heures tout en évitant piétons et autres obstacles. Ils peuvent également évoluer sur un terrain accidenté et même grimper quelques marches. Avec des caractéristiques communes à celle de Scout, FedEx vient de dévoiler le SameDay Bot, prochainement testé dans la ville de Memphis.

Les technologies développées par FedEx et Amazon ont pour objectif prioritaire d’apporter une réponse à la problématique du «dernier kilomètre». L’ensemble des acteurs de la livraison s’y heurtent depuis des années: plus le produit se rapproche de son destinataire final, plus le coût unitaire du transport augmente. Une charge tant financière qu’écologique pour les géants de la livraison. En 2012, le Centre d’analyse stratégique expliquait dans une note d’analyse que le fret urbain dans les grandes villes françaises représentait 30% des émissions de gaz à effet de serre. Avec l’essor du e-commerce et donc de la livraison ces dernières années, on ne voit pas comment la situation se serait améliorée entre-temps. En outre, une récente étude publiée par la Fédération du e-commerce et de la vente à distance confirme la préférence de 88% des Français pour la livraison à domicile ou sur le lieu de travail. Les professionnels de la livraison doivent donc à la fois satisfaire cette préférence et prendre en compte l’impact écologique de leurs activités, celui-ci étant devenu progressivement un critère essentiel pour la clientèle. C’est ce paradoxe que doit résoudre le robot autonome.

«Le robot marque une étape majeure dans notre mission continue consistant à résoudre les complexités et les dépenses liées à la livraison du dernier kilomètre le jour même», tout en se montrant respectueux de l’environnement, explique Brie Carere, vice-présidente exécutive de FedEx et directrice du marketing et de la communication de la société. Du côté d’Amazon, on affiche la même confiance. Sean Scott, vice président d’Amazon Scout, se dit «impatient de tirer les enseignements» des expérimentations en cours.

Des robots encore immatures

Amazon a fait de la robotisation de ses activités, une priorité pour les années à venir. Mais la société de Jeff Bezos se heurte encore à l’immaturité de certaines technologies. En décembre dernier, opérant dans un entrepôt, un autre robot du groupe évoluant dans un entrepot – qui n’est donc pas destiné à évoluer en milieu ouvert – a déclenché un répulsif anti-ours, laissant échapper le gaz poivré qu’elle contenait. Vingt-quatre employés du groupe ont dû être pris en charge à l’hôpital à la suite de malaises. Scout, qui évolue dans un espace bien plus alétoire, avec donc bien plus de risques à la clé, doit relever le défi de la sécurité. La présence humaine est encore essentielle afin d’éviter au robot livreur d’éventuelles chutes, ou de commettre des actes destructeurs, voire entrer en collision avec des passants ou véhicules.

Les robots livreurs, dont les composants en intelligence artificielle sont similaires à ceux utilisés pour les voitures autonomes, pourraient aussi faire l’objet de manipulations informatiques. Dans le cadre d’un test, des chercheurs chinois ont réussi à prendre le contrôle d’une voiture Tesla: les freins, les essuie-glaces, le coffre et les portières n’étaient plus sous le contrôle du conducteur…

L’autre grande problématique soulevée par ces livreurs de nouvelle génération se trouve sur le terrain légal. En effet, la vitesse de propagation des technologies autonomes prend de court les arsenaux juridiques mondiaux. Doivent-ils être régis par les mêmes règles juridiques que les autres véhicules autonomes? Dans le cas d’un dommage corporel, à qui la faute? Aux États-Unis, une législation assez souple permet à chaque État de mettre en place au cas par cas sa propre réglementation. En Europe, en revanche, la directive du 3 août 2016 permet à la victime de poursuivre l’entreprise commercialisant le véhicule mais aussi les acteurs tiers, comme les fournisseurs de composants électroniques, rappelle maître du Manoir de Juaye, spécialiste, entre autres, de la sécurité privée. De quoi faire réfléchir Amazon et FedEx avant une éventuelle généralisation de leur nouveau robot livreur sur le Vieux continent.

Source : lefigaro.fr